
C'est une période intéressante de ma vie. Elle est bourrée de merveilleux souvenirs, et aussi, avec le recul, l'impression d'avoir peut-être pu la vivre autrement.
Elle correspond exactement à la période où j'étais "jeune", c'est-à-dire entre le moment où j'ai quitté (sauf les vacances) le foyer familial, et le moment où je me suis marié. Je sais que déjà certaines d'entre vous sourient de ma manie à chercher à tout classer, à trouver un schéma directeur et des articulations à une vie qui se vit librement, sans plan précis.
Pourtant, (merci Jeanne !) je me rends compte que ce découpage de ma vie est "le bon". Qu'un découpage, dans tous les cas, se devait de passer par les âges de 7 ans, de 17 ans, de 26/27 ans... C'est amusant comme ma vie est rythmée par ces "7"... A quoi dois-je m'attendre dans l'année qui vient ?
Revenons sur ces années 90...
J'ai eu l'impression de les commencer comme un enfant dans ma tête. J'ai été lâché, à vivre seul dans un appartement, mais étais-je assez mûr ?
J'étais complètement responsable, sérieux, j'étais parfaitement adapté au système scolaire, j'avais compris ce qu'il fallait faire pour avoir des bonnes notes.
Mais il manquait quelque chose à mon expérience : savoir sortir, savoir s'amuser. J'ai vécu toute la décennie précédente à vivre dans un village loin de l'école où j'allais. Donc ma vie était rythmée par la dépendance aux moyens de transport. J'avais ainsi très peu d'amis avec qui jouer pendant les vacances. Et je n'en avais pas besoin.
Et d'un coup, je me trouve parachuté en plein centre ville de La Rochelle, ville agréable s'il en est, avec toute liberté de faire ce que je voulais. A y réfléchir maintenant, je mesure le risque qu'il aurait pu y avoir de mal tourner.
Mais mon caractère m'a toujours fait préférer la voie de la raison à celle du plaisir.
Du coup, je suis resté sérieux et j'ai pu, sans devenir Centralien, obtenir un bon diplôme d'une Grande Ecole d'Ingénieurs.
Avec la sagesse des ans, je me rends compte de ce à côté de quoi je suis passé... La folie de la jeunesse, les expériences "interdites", les délires sans fin, les femmes...
Et pourtant, dans le billet précédent, j'annonçais "les plus belles années de ma vie". Suis-je pris en flagrant délit d'incohérence ?
Que Nenni ! A La Rochelle, j'ai découvert la vie, j'ai découvert l'amitié, la solidarité, le sentiment d'exister au sein d'un groupe, le sentiment d'être important par le regard des autres. J'ai découvert le fait d'exister autrement que par le regard familial.
Et pour un enfant, c'est la plus belle des découvertes.
Plus tard, à 23 ans, je suis parti en Afrique, d'abord au titre de la coopération nationale (en fait pour éviter l'armée), puis j'y suis resté un peu plus longtemps parce que j'y avais rencontré ma future femme.
Je suis loin du tag, là, non ? On y retourne :
Objet : Un des seuls objets qui a traversé avec moi cette décennie, c'est mon PC. Je l'ai eu pour mon 17ème anniversaire en 1990, l'année de mon bac, et je l'ai baladé un peu partout, même en Afrique. A l'époque, il avait, je me souviens : 25 MHz de vitesse processeur, et un disque dur de 110 Mo. Mais un vrai moniteur couleur !
J'y passais (déjà) des heures. Entre les jeux vidéos (déjà), les textes que j'écrivais (déjà), et les programmes que je composais (fini, ça)... Evidemment pas question d'Internet, car cela n'existait pas encore, à l'époque.
C'est le PC qui prenait le plus de place dans la malle que j'avais le droit d'emmener en Afrique. Là où les autres coopérants avaient emmené moult livres et vêtements, moi j'avais tout réduit au strict nécessaire, et j'avais amené mon PC. J'ai dû paraitre bizarre plus d'une fois, là-bas...
Evènement : La rencontre de ma femme ? Evidemment non ! Je veux dire, trop consensuelle, comme réponse.
Ma quasi-mort suite à un empoisonnement au Monoxyde de Carbone à cause d'une installation antique ? En l'absence de chauffage et d'isolation dans l'appartement que je louais à Paris, je chauffais ma cuisine avec mon four. Une intoxication au CO est très traîtresse, car elle est indolore et elle ne fait pas tousser. Pire, on ne se rend compte de rien. J'ai commencé par m'asseoir, puis de la chaise je suis tombé par terre. Le sol froid devait retenir davantage d'oxygène que le CO chaud qui monte, car j'ai trouvé la force de me traîner jusqu’à la chambre.
Deux médecins m'ont ensuite examiné. L'un a conclu à un malaise vagual, l'autre à je ne sais plus quelle faiblesse du cœur...
Ce n'est que bien plus tard (en mois ou années) que j'ai compris ce qui était arrivé cet après-midi-là.
Livre : Je n'hésite pas : Le Cycle de Dune, de Franck Herbert ! Un ouvrage magistral. Un monde créé avec une cohérence, un soucis du détail... Un écosystème entier inventé de toutes pièces. Un des plus beaux chef-d’œuvre que j'ai lu.
En plus, les thèmes abordés, de contrôle de soi, de révélation prophétique et messianique, le mysticisme, tout correspondait à ma soif philosophique. En rajoutant des intrigues, de l'amour, de l'action (mesurée), on obtient le livre parfait.
Deux mots encore, mais je crois en avoir déjà parlé ailleurs (j'ai la flemme de rechercher).
- La non action qui est plus forte que l'action. J'avais été frappé dans le dernier tome (Les Révérendes Mères je crois) par la montée de la tension, de l'imminence d'une guerre, et finalement par le dénouement sans combattre simplement basé sur la profonde anticipation des coups de l'adversaire. Attitude très proche des Echecs, donc j'adore !
- La "Litanie contre la peur Bene Gesserit" : Ce long Mantra m'avait marqué par sa propre fonction, la prééminence de la raison sur la peur. Je l'avais apprise par cœur, et je la sais encore, presque 20 ans après.
Série : Déjà je n'étais plus du tout télé. A La Rochelle, j'avais une minuscule TV noir et blanc de 12 cm (oui ! 12 !), à Paris je n'avais que mon PC, en Afrique qu'un PC également. Donc... Joker ?
Film : J'hésite entre deux films très semblables : "Il y a des jours et des lunes" de Lelouch, et la série des "Indiana Jones", tous vus à la télé... Je n'ai jamais été un grand cinéphile...
Pourquoi je dis deux films semblables ? Simplement parce que ce sont des films dont on connait la fin dés le début du film sans en connaître les détails.
J'aime beaucoup Lelouch comme réalisateur. Et je continue de l'aimer malgré ses bides commerciaux.
Chanson : "Place des grands hommes" de Bruel. La sortie de cette chanson a coïncidé avec la fin de ma prépa. J'avais 20 ans pile, le petit groupe auquel j'appartenais avait vocation à exploser à la fin de l'année, chacun partant dans une ville de France différente, selon sa réussite aux concours.
Cette chanson a d'autant plus résonné chez nous, que chacun d'entre nous se lançait dans la vie ; nous avions tous possibilité de devenir des grands hommes dans 10 ans. A chacun de tracer sa route...
Je ne sais plus quoi promettre... Le billet suivant plus court ? J'essayerai !
Pourtant, (merci Jeanne !) je me rends compte que ce découpage de ma vie est "le bon". Qu'un découpage, dans tous les cas, se devait de passer par les âges de 7 ans, de 17 ans, de 26/27 ans... C'est amusant comme ma vie est rythmée par ces "7"... A quoi dois-je m'attendre dans l'année qui vient ?
Revenons sur ces années 90...
J'ai eu l'impression de les commencer comme un enfant dans ma tête. J'ai été lâché, à vivre seul dans un appartement, mais étais-je assez mûr ?
J'étais complètement responsable, sérieux, j'étais parfaitement adapté au système scolaire, j'avais compris ce qu'il fallait faire pour avoir des bonnes notes.
Mais il manquait quelque chose à mon expérience : savoir sortir, savoir s'amuser. J'ai vécu toute la décennie précédente à vivre dans un village loin de l'école où j'allais. Donc ma vie était rythmée par la dépendance aux moyens de transport. J'avais ainsi très peu d'amis avec qui jouer pendant les vacances. Et je n'en avais pas besoin.
Et d'un coup, je me trouve parachuté en plein centre ville de La Rochelle, ville agréable s'il en est, avec toute liberté de faire ce que je voulais. A y réfléchir maintenant, je mesure le risque qu'il aurait pu y avoir de mal tourner.
Mais mon caractère m'a toujours fait préférer la voie de la raison à celle du plaisir.
Du coup, je suis resté sérieux et j'ai pu, sans devenir Centralien, obtenir un bon diplôme d'une Grande Ecole d'Ingénieurs.
Avec la sagesse des ans, je me rends compte de ce à côté de quoi je suis passé... La folie de la jeunesse, les expériences "interdites", les délires sans fin, les femmes...
Et pourtant, dans le billet précédent, j'annonçais "les plus belles années de ma vie". Suis-je pris en flagrant délit d'incohérence ?
Que Nenni ! A La Rochelle, j'ai découvert la vie, j'ai découvert l'amitié, la solidarité, le sentiment d'exister au sein d'un groupe, le sentiment d'être important par le regard des autres. J'ai découvert le fait d'exister autrement que par le regard familial.
Et pour un enfant, c'est la plus belle des découvertes.
Plus tard, à 23 ans, je suis parti en Afrique, d'abord au titre de la coopération nationale (en fait pour éviter l'armée), puis j'y suis resté un peu plus longtemps parce que j'y avais rencontré ma future femme.
Je suis loin du tag, là, non ? On y retourne :
Objet : Un des seuls objets qui a traversé avec moi cette décennie, c'est mon PC. Je l'ai eu pour mon 17ème anniversaire en 1990, l'année de mon bac, et je l'ai baladé un peu partout, même en Afrique. A l'époque, il avait, je me souviens : 25 MHz de vitesse processeur, et un disque dur de 110 Mo. Mais un vrai moniteur couleur !
J'y passais (déjà) des heures. Entre les jeux vidéos (déjà), les textes que j'écrivais (déjà), et les programmes que je composais (fini, ça)... Evidemment pas question d'Internet, car cela n'existait pas encore, à l'époque.
C'est le PC qui prenait le plus de place dans la malle que j'avais le droit d'emmener en Afrique. Là où les autres coopérants avaient emmené moult livres et vêtements, moi j'avais tout réduit au strict nécessaire, et j'avais amené mon PC. J'ai dû paraitre bizarre plus d'une fois, là-bas...
Evènement : La rencontre de ma femme ? Evidemment non ! Je veux dire, trop consensuelle, comme réponse.
Ma quasi-mort suite à un empoisonnement au Monoxyde de Carbone à cause d'une installation antique ? En l'absence de chauffage et d'isolation dans l'appartement que je louais à Paris, je chauffais ma cuisine avec mon four. Une intoxication au CO est très traîtresse, car elle est indolore et elle ne fait pas tousser. Pire, on ne se rend compte de rien. J'ai commencé par m'asseoir, puis de la chaise je suis tombé par terre. Le sol froid devait retenir davantage d'oxygène que le CO chaud qui monte, car j'ai trouvé la force de me traîner jusqu’à la chambre.
Deux médecins m'ont ensuite examiné. L'un a conclu à un malaise vagual, l'autre à je ne sais plus quelle faiblesse du cœur...
Ce n'est que bien plus tard (en mois ou années) que j'ai compris ce qui était arrivé cet après-midi-là.
Livre : Je n'hésite pas : Le Cycle de Dune, de Franck Herbert ! Un ouvrage magistral. Un monde créé avec une cohérence, un soucis du détail... Un écosystème entier inventé de toutes pièces. Un des plus beaux chef-d’œuvre que j'ai lu.
En plus, les thèmes abordés, de contrôle de soi, de révélation prophétique et messianique, le mysticisme, tout correspondait à ma soif philosophique. En rajoutant des intrigues, de l'amour, de l'action (mesurée), on obtient le livre parfait.
Deux mots encore, mais je crois en avoir déjà parlé ailleurs (j'ai la flemme de rechercher).
- La non action qui est plus forte que l'action. J'avais été frappé dans le dernier tome (Les Révérendes Mères je crois) par la montée de la tension, de l'imminence d'une guerre, et finalement par le dénouement sans combattre simplement basé sur la profonde anticipation des coups de l'adversaire. Attitude très proche des Echecs, donc j'adore !
- La "Litanie contre la peur Bene Gesserit" : Ce long Mantra m'avait marqué par sa propre fonction, la prééminence de la raison sur la peur. Je l'avais apprise par cœur, et je la sais encore, presque 20 ans après.
Série : Déjà je n'étais plus du tout télé. A La Rochelle, j'avais une minuscule TV noir et blanc de 12 cm (oui ! 12 !), à Paris je n'avais que mon PC, en Afrique qu'un PC également. Donc... Joker ?
Film : J'hésite entre deux films très semblables : "Il y a des jours et des lunes" de Lelouch, et la série des "Indiana Jones", tous vus à la télé... Je n'ai jamais été un grand cinéphile...
Pourquoi je dis deux films semblables ? Simplement parce que ce sont des films dont on connait la fin dés le début du film sans en connaître les détails.
J'aime beaucoup Lelouch comme réalisateur. Et je continue de l'aimer malgré ses bides commerciaux.
Chanson : "Place des grands hommes" de Bruel. La sortie de cette chanson a coïncidé avec la fin de ma prépa. J'avais 20 ans pile, le petit groupe auquel j'appartenais avait vocation à exploser à la fin de l'année, chacun partant dans une ville de France différente, selon sa réussite aux concours.
Cette chanson a d'autant plus résonné chez nous, que chacun d'entre nous se lançait dans la vie ; nous avions tous possibilité de devenir des grands hommes dans 10 ans. A chacun de tracer sa route...
Je ne sais plus quoi promettre... Le billet suivant plus court ? J'essayerai !
12 commentaires:
moi aussi j'adore lelouch !!! Mais je n'ai pas été aussi sérieuse, sans regret !
Tu habitais où à La Rochelle? Tu y es resté combien de temps? Moi quand j'en suis partie (enfin je revenais souvent jusqu'à la mort de mes parents) il n'y avait pas encore de fac!
ne fais pas plus court ,non!
c'est aussi une jolie façon de fermer petit à petit ton blog ce tag...
vu qu'on a le même âge, c'est facile de comparer pour moi...je me souviens de la première fois où j'ai eu internet entre les mains.c'était à la fac et je ne comprenais pas le truc...je n'y voyais pas l'intérêt!
quelle truffe, j'te jure!
je t'embrasse didou et bonne semaine à toi!!
@Risette : Pour moi, Lelouch a ce don incroyable de raconter des histoires à partir de gens complètement ordinaires. Il est bluffant ! Combien de fois j'ai pleuré à la fin de ses films...
Bon, comme les salles de cinéma sont en général vides et que ma femme dort (la seule fois où elle a accepté de me suivre), ça reste discret !
@Mahie : J'habitais rue Amelot, tout près de la place du marché. En plein centre ville donc. De septembre 1990 à mai 1993.
@Emma : Désolé, mais le prochain sera vraiment plus court !
C'est vrai qu'au début, Internet semblait une gigantesque base de données, c'est tout. Je n'en ai compris l'interactivité que bien plus tard !
Ah oui je vois très bien... Je suis une rochelaise de naissance ;-)
J'aurais pas trop pu te croiser j'habitais à Madrid puis à Dublin à cette époque : un vrai pigeon voyageur ;-)
On doit être deux avec nos mouchoirs....
Et deux dans la salle aussi...
Sauf dans "tout ça pour ça " là, j'ai pleuré, mais de rire !!!
Encore une decennie lue avec plaisir ...
Je retiens surtout :
"j'ai découvert la vie, j'ai découvert l'amitié, la solidarité, le sentiment d'exister au sein d'un groupe, le sentiment d'être important par le regard des autres."
La RECONNAISSANCE, voilà bien un moteur essentiel de l'existence!! On en parle pas assez, pourtant sans elle, pas d'accomplissement personnel, pas d'estime de soi ...
Interessant parcours,que le tien !On se chauffait aussi au...four dans les immeubles pendant le communisme, j ose pas imaginer combien de fois on a frole la mort dans une tour de 10 etages !
Tu sais bien deja a quel point je suis curieuse, j aimerais que tu nous racontes la rencontre avec ta femme : )
Et je t expliquerai l imminence contrecarree en echange.
(clavier sans accent, ou plutot Word qui deconne, sorry )
j'ai lu avec plaisir
je me retrouve bien dans ton passé , la découverte des groupes , les copains , l'amour ...
Pour Lelouch , comme Risette j'ai rarement autant ri avec " tout ça pour ça "
ton intoxication fait peur dis donc...
Merci pour ce billet très touchant encore
hé les copains, je vous ai mis la bande annonce de "tout ça pour ça " sur emma !
ce film a été tourné au bord du lac, ici!!
Biz didou
ma première impression est celle qui me reste à la fin de ton post et elle fait suite à ta première phrase que je traduis par "c'était super, MAIS..."
terrible le "mais" !!
@Mahie : On se serait peut-être croisé un jour où tu revenais faire coucou à ta famille ou tes racines ? Ca s'est peut-être même passé...
J'étais facile à repérer à l'époque : je marchais dans la rue en lisant...
@Risette : "Tout ça pour ça" est un excellent film. Mais tant de lui sont excellents.
@Antiblues : Le regard de l'autre est très important. C'est un moteur énorme pour son propre équilibre. Je suis heureux d'avoir connu ça à cette période.
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